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Propos recueillis par Benjamin Bibas et Emmanuel Chicon

Qualifiés de « génocide » par une résolution votée à l’unanimité à l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1982, les massacres survenus trois mois plus tôt dans les camps de Sabra et Chatila, dans la banlieue sud de Beyrouth (Liban) alors sous occupation israélienne, restent impunis.

Dix jours après les faits, pourtant, le gouvernement israélien avait créé, sous la pression de 400000 manifestants réunis à Tel Aviv, une commission d’enquête dirigée par le président de la Cour suprême de l’époque, Itzakh Kahane. En février 1983, son rapport conclut que seuls les miliciens libanais phalangistes avaient commis des massacres, tout en reconnaissant la responsabilité indirecte des dirigeants israéliens qui n’avaient pas su les prévenir : en particulier celle du ministre de la défense de l’époque, Ariel Sharon, contraint à la démission.
Il y a pourtant du neuf depuis qu’en Belgique, une loi dite de « compétence universelle », votée en 1993 et amendée en 1999, autorise les juges belges à reconnaître les crimes de guerre, de génocide et contre l’humanité, quel que soit le lieu où ils ont été commis et les nationalités et lieux de résidence des victimes et des accusés. C’est sur la base de cette loi que quatre génocidaires rwandais ont été condamnés en 1999… et qu’un collectif palestino-libanais de victimes défendues par Maîtres Chibli Mallat, Luc Walleyn et Michaël Verhaeghe a déposé une plainte en juin 2001 contre une vingtaine de responsables présumés des massacres de Sabra et Chatila. Parmi ceux-ci, Ariel Sharon, l’ancien général israélien Amos Yaron et l’ex-chef phalangiste Elias Hobeika, assassiné dans des circonstances mystérieuses au printemps dernier, juste avant qu’il ne se rende en Belgique pour y faire certaines révélations.
Le 26 juin dernier, toutefois, la Chambre des mises en accusation de Bruxelles s’est prononcée contre la recevabilité de la plainte. Motif, paradoxal : les personnes qu’elle vise ne se trouvent pas sur le territoire belge. Les avocats se sont alors pourvus en cassation, pourvoi dont l’examen a été reporté sine die le 1er décembre. Selon eux, de nouveaux éléments rassemblés depuis 1996 par Maître Mallat révèleraient que la version des faits présentée par la Commission Kahane est « incomplète », notamment parce qu’elle passe sous silence l’implication directe de l’armée et des services secrets israéliens dans les massacres. Entretien avec les trois avocats, sous forme de bilan et perspectives sur l’instruction.

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